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PYRENEES

éditorial

n u m é r o

juin 2008 22 Un bien vilain troc

Le troc qui est une pratique vieille

comme le monde est toujours largement

en cours dans le monde politique.

On lui préfère simplement le

terme d’échange ou encore celui de

compensation. La sémantique ne

change rien au principe.

Nous venons d’avoir une magnifique

démonstration de ce que peut

être une telle pratique avec l’épisode

contemporain du Grenelle de

l’Environnement.

Comment accepter de donner le feu

vert au projet d’autoroute A65 Pau-

Langon, attendu depuis quatre

lustres par les Aquitains, les Midi-

Pyrénéens, sinon les Picto-

Charentais, souhaité ardemment

aussi par les politiques et acteurs

socio-économiques et ne pas transgresser

les dogmes sacrés enfantés

par les concepteurs du Grenelle de

l’Environnement dans le louable but

de sauver notre planète ?

Certes il n’a pas été difficile à Jean-

Louis Borloo de démontrer que

l’A65 entrait dans la catégorie des

infrastructures échappant à la décision

de ne pas construire de nouvelles

routes et autoroutes puisqu’étant

« cas de sécurité, de

congestion ou d’intérêt local ».

Impossible de nier donc que la Pau-

Langon est aussi indispensable à

tout le Sud Ouest que peuvent l’être

le soleil et l’eau aux maïs de la

plaine de Nay et aux vignes de

Jurançon.

Mais ce geste positif – évidemment

négatif aux yeux des écolos –

méritait d’être compensé par une

décision négative – pourtant hautement

positive pour les autochtones

béarnais.

Et c’est ainsi - du moins c’est ce que

pensent tous les analystes doués de

bon sens – que M. Borloo et ses

deux secrétaires d’État, dûment inspirés

par des conseillers écologistes

intraitables, ont sacrifié la « liaison

autoroutière » virtuelle de la Pau-

Oloron sur le noble autel du

Grenelle de l’Environnement et sur

celui plus… prosaïque du troc politique.

Tout en décrétant quelques

mesures accessoires et démagogiques

visant la circulation des

poids lourds en vallée d’Aspe qui

vont de nouveau faire hurler les

Aragonais.

Voilà comment on fait l’histoire.

Et voilà pourquoi, nous sommes

innombrables, ici, en Béarn, à être

révoltés. infos

sur le fond comme sur la forme, les

recours de la Sepanso et de l’ARLP. On

peut imaginer que cette décision a

pesé sur les verdicts ultérieurs. Comme

a pesé la délibération du Conseil

National de Protection de la Nature

(CNPN) donnant un avis favorable au

projet (par six voix contre quatre),

après que le concessionnaire A’liénor

ait pris des engagements concernant la

sauvegarde des habitats d’espèces protégées

telles que le vison d’Europe et

l’écrevisse à pieds blancs. Il devra,

pour cela, compenser la destruction

des terrains sur lesquels est construit

l’ouvrage en protégeant une surface

équivalente pendant toute la durée de

la concession.

Pour une route enfin

sécurisée

On voit mal comment Jean-Louis

Borloo, après ces deux validations,

aurait pu ne pas donner le feu vert à

l’A65. Il l’a donné le 4 juin 2008, mettant

un terme à plusieurs longues

semaines d’incertitude, déclenchant

dans toute l’Aquitaine et même dans le

Gers un mouvement de satisfaction

quasi unanime. Désormais, une fois

les décrets signés libérant les autorisations

de mise en chantier, ce qui ne

saurait tarder, les équipes de bâtisseurs

mobilisées par Al’iénor pourront entrer

en action.

La réelle satisfaction que nous avons

éprouvée en apprenant la validation

du projet de l’A65 est hélas! tempérée

par l’abandon, pas vraiment motivé,

de la liaison Pau-Oloron dont on

pense toujours, à Paris, qu’il s’agit

d’une… autoroute programmée.

Jean-Louis Borloo et Dominique

Bussereau, prisonniers de l’austérité

dogmatique du Grenelle de

l’Environnement et sans doute inspirés

par des conseillers écologistes méconnaissant

les réalités de notre région,

pensent qu’une route moderne et sûre

entre la capitale des Pyrénéeswww.

bap-europe.com

Personne n’ose penser aujourd’hui

que l’autoroute Pau-Langon ne se

réalisera pas. Même s’il reste

encore quelques menaces brandies par

les associations d’opposants qui déclarent

vouloir se tourner vers Bruxelles

pour tenter de trouver une faille dans le

projet de l’A65, l’opération est si bien

ancrée dans les faits comme dans les

esprits des décideurs politiques et socioéconomiques

ainsi que de la très grande

majorité de l’opinion qu’on ne voit

pas trop comment elle pourrait être

contrariée plus longtemps. D’autant

que l’expérience montrera à la face

d’un monde écologique soupçonneux

et trop enfermé dans une attitude de

régression durable que l’A65 pourra

porter avec fierté le label d’« autoroute

verte » que certains lui ont déjà objectivement

décerné.

Les sages du Conseil d’État ne s’y sont

pas trompés, qui ont sèchement renvoyé

les opposants à leurs dossiers

irréalistes en rejetant, le 21 mai 2008,

Bordeaux-Pau-Oloron-Somport-Saragosse

Associez-vous à notre action pour des voies modernes

Un nouveau challenge pour les Béarnais

Réactiver le projet de liaison Pau-Oloron

abandonné par Jean-Louis Borloo

suite page 2

Les récentes décisions prises par Jean-Louis Borloo suscitent autant de dépit que de

satisfaction. Si l’acceptation par son ministère de l’A65 est tout ce qu’il y a de plus

logique, le rejet de la nouvelle route Pau-Oloron, en revanche provoque en Béarn, en

raison de son ineptie, un vrai sentiment de révolte.

Les bouchons sont quasi permanents entre Jurançon

et Gan et ne sont pas rares du côté du Gabarn.

(Photo BAP)

Atlantiques et celle du Haut-Béarn est inutile;

qu’elle nuirait à la fois à la qualité de l’environnement

et qu’elle favoriserait l’émission de

CO2 dans le ciel béarnais. Théorie qui n’a

aucun sens ni aucune justification.

En revanche, ce qui a une vraie valeur humaine

et écologique, c’est la volonté d’offrir aux

usagers de l’itinéraire routier entre Pau et

Oloron, - le chemin de fer, avec un service

amélioré promis par la Région, ne pouvant

résoudre tous les problèmes de déplacement –

une alternative sur le plan de la sécurité. Tous

les drames de la route ayant fait quantité de

morts et d’innombrables blessés depuis des

années sur la RN 134 ne méritent-ils pas que

l’on s’interroge sur la vraie opportunité d’une

route enfin sécurisée?

Indispensable à l’équilibre

socio-économique

Limiter les drames de la route est un beau challenge.

Faire en sorte que l’économie d’une région ne

soit pas fragilisée par l’absence d’infrastructures

modernes mérite aussi l’attention. Il n’est pas nécessaire

de sortir d’Harvard ou de l’ENA pour comprendre

que les entreprises de la région oloronaise,

certaines d’entre elles ayant une notoriété planétaire,

ne peuvent pas demeurer isolées en une époque

où les facteurs de rapidité sont prépondérants et les

risques de délocalisation accentués.

À défaut de l’autoroute que l’on aurait dû avoir en

même temps que celle de Toulouse à Pamiers, la

nouvelle liaison routière Pau-Oloron - qui ne

devrait plus s’appeler A650 - est donc indispensable

à l’équilibre socio-économique de notre

région. Aucune autre action de rafistolage ou

d’amélioration de l’actuelle RN 134 n’étant envisageable

pour des raisons de pure géographie, il va

bien falloir que la Direction des Routes au ministère

de l’Équipement trouve une solution de développement

durable intelligente et positive. En abandonnant

le projet d’une nouvelle route entre le lieudit

Gabarn à Oloron et Lescar, elle s’inscrirait dans

une fâcheuse attitude de régression durable.

Dans tout le Béarn, les élus politiques, de

quelque bord que ce soit, se mobilisent donc

pour tenter de trouver la parade à une décision

d’abandon inepte. Les entreprises également, à

l’appel de leurs chambres consulaires. Et les

animateurs de BAP, de leur côté, ont fait savoir

qu’ils ne restent pas les bras croisés sans réagir.

Ils ont pris une initiative dont ils espèrent que le

résultat permettra d’ouvrir les yeux des

membres du gouvernement sur les vraies

attentes des Béarnais et, car il ne faut pas les

oublier, des Aragonais lesquels se désespèrent

de constater, depuis dix ans, que la France ne

met pas ses actes en harmonie avec ses engagements

internationaux.

suite de la page 1

UN NOUVEAU CHALLENGE

POUR LES BÉARNAIS

L’abandon de la Pau-Oloron

Des questions fondamentales

DEVONS-NOUS ACCEPTER QUE LA NOUVELLE LIAISON ROUTIÈRE PAU-OLORON SOIT SACRIFIÉE SUR L’AUTEL

DU GRENELLE DE L’ENVIRONNEMENT? C’EST LA QUESTION QUE VOUS VOUS POSEZ VOUS AUSSI SÛREMENT,

COMME NOUS, ET QUE NOUS AVONS POSÉE AUX ÉLUS POLITIQUES AINSI QU’À DE NOMBREUX CHEFS D’ENTREPRISES

DE NOTRE RÉGION. ELLE EN APPELLE BIEN D’AUTRES PAR EXEMPLE :

Est-il acceptable que cette liaison qui est

présentée par certains, à dessein, comme

étant une autoroute - cela pour lui conférer

un statut qui la rende suspecte aux yeux de

l’opinion publique - soit, du jour au lendemain,

gommée du catalogue des projets

routiers, comme si elle portait en elle tous

les vices de la création ?

Au nom de quel principe, l’État peut-il

rejeter la modernisation de cet itinéraire qui

n’aurait été après tout – si elle avait été faite

dans les temps - que l’alter ego de l’autoroute

A66 Toulouse-Pamiers, programmée

en même temps que l’ex-A650 et qui n’a

soulevé aucun problème lorsqu’il a fallu la

construire ? Que le projet d’A650 Pau-

Oloron ait été remis en question en 2002, pour insuffisance

de rentabilité en raison de la nouvelle disposition

européenne supprimant la possibilité de l’adossement

(1), nous pouvions, à la limite, le concevoir et tolérer

qu’un nouveau projet simple de route nationale lui soit

substitué. Mais dès lors qu’il s’agit d’une opération ordinaire

à 2 x 1 voie pourquoi l’abandonner ?

Au nom de quelle idéologie supprimer un programme

routier qui a fait l’unanimité en Béarn lors de la concertation

préalable et qui ne présente aucun problème identifié

pour l’environnement et la protection du biotope ?

Au nom de quelle réglementation peut-on rayer d’un trait

de plume, une route appelée à se substituer à la RN 134

actuelle, obsolète, inaméliorable, terriblement accidentogène

(on y a enregistré, de 2003 à 2007, 55 accidents corporels

ayant fait 8 morts et 84 blessés) et dont toutes les

études ont démontré que la section Gan-Jurançon n’était

pas aménageable, sauf à rayer

de la carte des dizaines de maisons

et à refaire toute la rocade

de Pau pour que celle-ci soit

vraiment opérationnelle?

Enfin, enfin! au nom de

quelle doctrine d’aménagement

l’État, qui doit veiller à

offrir aux régions les plus reculées

et les plus enclavées de

son territoire toutes les

chances de survivre et

de se développer durablement,

peut-il

renoncer à cette infrastructure

vitale pour l’économie du

Haut-Béarn ? Nous rappellerons qu’Oloron, avec les

communes alentour, constitue un bassin industriel très

important dont l’avenir pourrait se trouver gravement

compromis dans un futur proche, faute de communications

modernes et sécurisées avec Pau au nord et (autre

problème) avec l’Espagne au sud ?

Dans quel pays sommes–nous, pour que, sous prétexte

sans doute de faire plaisir à des écologistes ignorants de la réalité

locale, le gouvernement de la France élimine un projet de

route simple appelée à sauver des vies humaines; à sauvegarder

une vie économique; à contribuer à une meilleure

relation avec notre voisin aragonais et aussi – parce que, à

BAP, nous sommes tous attachés à la sauvegarde de notre planète

– à participer avantageusement à la réduction de l’envoi

de CO2 dans l’atmosphère en éliminant les bouchons et diminuant

les temps de parcours? Car la question est là: en quoi

cette nouvelle liaison ne serait-elle pas écologique?

18 ans ! Cela fait exactement 18

ans que l’État français nous promène

en bateau sur l’océan

tumultueux de la liaison routière

Pau-Oloron, agité par quelques

idéologues écolos embusqués

dans les ministères parisiens.

En ce jour du 5 novembre 1990, nous

étions plutôt heureux d’apprendre, en

Béarn, que le CIAT (Comité interministériel

d’aménagement du territoire) venait d’inscrire

au schéma routier national la section

Pau-Oloron sous forme d’une autoroute

concédée (antenne autoroutière A650).

Heureux de vérifier, un peu plus tard, le

1er avril 1992, que cette nouvelle liaison

était confirmée par le décret n°92-379.

L’avenir nous a appris depuis qu’il fallait

toujours se méfier des 1er avril. En Béarn,

alors que tout le monde était - joyeusement

– convaincus que cette fois, c’était la

bonne: l’A650 allait participer en plus du

désenclavement du Haut-Béarn à une

meilleure relation avec l’Aragon grâce au

futur tunnel du Somport, le dossier de la

Pau-Oloron patina joliment dans la gadoue

politico-administrative.

Il fallut en effet pas mal de temps à la

Direction des Routes pour lancer le projet,

tracer un itinéraire à travers les coteaux et

définir, après consultation, une bande des

1000 mètres. Trop, beaucoup trop de

temps car plus de dix ans s’écoulèrent

avant que l’on commence à parler de l’arrêté

relatif à l’enquête préalable à la déclaration

d’utilité publique. Seulement à parler,

car l’arrêté ne fut jamais signé…

Aux premiers signes d’impatience succéda

carrément l’inquiétude lorsque, au début

des années 2000, une information laissa

entendre que le ministère de l’Équipement,

pas avare d’idées pourvu que ça n’avance

pas, optait pour une formule inédite: une

autoroute à deux fois… une seule voie.

Tollé dans le landernau béarnais: on se

moquait de nous!

Janvier 2002: les envoyés spéciaux de la

Direction des Routes annonçaient à Pau

que le projet de l’A650 était abandonné.

Impossible, confiaient-ils, d’en assurer la

rentabilité en raison d’une prévision de trafic

insuffisant et de la suppression du principe

d’adossement. Le montant des subventions

publiques eût été quasiment égal

au coût de l’ouvrage.

Exit l’A650! Mais quelle solution trouver?

Jean-Pierre Forgerit, ancien DDE des PA,

devenu inspecteur général des Ponts-et-

Chaussées, fut alors chargé par le ministère

d’en chercher une. Il abandonna vite l’idée

d’aménager la RN 134 actuelle et même

celle qui consistait à réaliser un barreau passant

par le vallon de La Hies, de Gan à

Laroin, pour proposer d’aménager une nouvelle

route nationale à deux fois une voie,

avec créneaux de dépassement dans les

montées, sur le même tracé que celui de

l’A650. Une partie de l’itinéraire pourrait

être concédée en raison du coût du tunnel –

écologique – d’Arbus long de 2250 mètres.

Depuis cinq ans nous sommes donc fixés

sur ce schéma là, adopté - souvent à contre

coeur mais c’était mieux que rien - par la

majorité de la classe politique et par les

acteurs économiques de la région. Le

Département s’engageait à prendre les

études préalables à son compte et même,

osait Jean-Jacques Lasserre, à aller plus loin

si affinités…

Nous en étions toujours là, en ce mois

d’avril 2008 du 21ème siècle, toujours dans

l’attente d’une décision définitive – et évidemment

positive - de l’État, lorsque M.

Borloo, sous l’influence du dogme du

Grenelle de l’Environnement, nous fit

savoir qu’il avait décidé d’abandonner le

projet d’une autoroute Pau-Oloron, projet

d’autoroute… disparu, faut-il le souligner,

des cartons depuis… six ans.

Vingt ans presque ont passé et dans le tiroir

de la Pau-Oloron au ministère de l’Équipement

– qui est aussi celui de l’Ecologie-, c’est

toujours le néant, le vide abyssal. Le projet a

disparu, envolé, atomisé, volatilisé…

Étonnons-nous d’apprendre que, de l’autre

côté de la frontière, les Aragonais sourient

amèrement en nous traitant de guignols.

Nous, de ce côté, nous aurions tendance à

penser que nous sommes plutôt cocus!

18 années d’espoir et soudain… le néant

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