De la masse d’informations apportées et brassées lors de ce congrès de Saragosse, qu’avons nous, personnellement, retenu ?
· CONVERGENCES - Qu’un projet international aussi lourd que celui de la Traversée ferroviaire des Pyrénées à un autre endroit que les passages littoraux est beaucoup plus complexe à réaliser qu’une opération « intra muros » parce qu’il s’agit de concilier des intérêts parfois différents, sinon des concepts philosophiques divergents. Il faut obligatoirement en effet une même approche, une même vision, une même unité de procédures juridiques et techniques et des moyens financiers en harmonie entre les deux pays voisins pour mener à bien le projet. Nos voisins Helvètes auraient-ils construit aussi vite le Lötschberg s’il s’était agi de le percer de conserve avec l’ltalie ou la France ?
· GEOSTRATEGIE - Nous avons intégré l’idée que, pour fixer le choix du passage, à travers une montagne importante, d’une ligne ferroviaire au moyen d’un tunnel de base de plusieurs dizaines de kilomètres, nul ne peut s’exonérer d’une étude géostratégique très poussée : le caractère transeuropéen, voir plus, intercontinental – la traversée du détroit de Gibraltar au moyen d’un tunnel ou d’un pont développant les échanges avec le Maghreb et l’Afrique de l’ouest est une donnée à considérer – doit s’inscrire dans un projet plus global de corridor. A quoi cela servirait-il de construire un tunnel d’un coût pharaonique si l’un des deux versants n’offrait pas des « sillons » de trafics modernes et de bonne capacité ? Ou si une « étude de marché » rigoureuse n’était pas réalisée afin de déterminer si le passage nouvellement créé aura une utilité effective et sera rentable ;
· AMENAGEMENT DU TERRITOIRE - Dans cet ordre d’idée, il apparaît évident que les états et les collectivités territoriales concernées doivent élaborer le projet de part et d’autre de la chaîne, en commun mais aussi peut-être surtout entre eux sur un même territoire assez vaste pour éviter d’avoir une image trop restreinte, trop restrictive, trop nombriliste et égocentrique de l’opération. Tout en ayant toujours à l’esprit qu’une infrastructure doit rendre des services à une échelle internationale, ici européenne en l’occurrence, il faut se convaincre que le projet de Traversée ferroviaire des Pyrénées doit participer concrètement à l’aménagement du territoire et à la communication des populations immédiatement voisines tout autant que des pays plus lointains.
· JOUER COLLECTIF - Est-on assuré qu’une concertation poussée ait été proposée, en France, du moins jusqu’à présent, entre tous les Départements et Régions concernés, pour que le projet d’itinéraire de la ligne passant à un endroit x à travers la chaîne pyrénéenne soit étudié de conserve, objectivement, afin d’arriver à un tracé idéal y, générant sur son passage du développement économique et des échanges culturels et touristiques ? Le positionnement de certaines collectivités et le détachement d’autres, voisines, laissent à penser, une fois de plus, que le jeu collectif interrégional dans le grand Sud Ouest n’est pas tout à fait à l’ordre du jour sur ce dossier.
· CONCERTATION - Nous avons retenu également que nul ne saurait réaliser, aujourd’hui, une infrastructure d’une telle importance que la Traversée ferroviaire des Pyrénées en raison de son impact sur l’environnement, sans conduire une concertation constructive et pédagogiquement intelligente avec les populations locales. On a vu comment, dans les Hautes-Pyrénées, la population de la vallée du Lavedan jusqu’à Lourdes a réagi au projet du tunnel sous le Vignemale.
· PEDAGOGIE - Dans les vallées pyrénéennes où l’on est soucieux de préserver la nature, - mais qui a mieux intégré cette préoccupation que les Suisses ? - des mouvements d’oppositions, parfois politiquement orchestrés de loin, peuvent naître, notamment si les projets, leurs contraintes, mais aussi leurs bénéfices, ne sont pas clairement exposés. Oppositions ou pas, cependant, il faudra bien qu’avant longtemps, un passage soit décidé et réalisé parce que les passages littoraux ne pourront à eux seuls assurer le passage transpyrénéen des hommes et des biens, affirment avec insistance les Espagnols. En vertu de quel droit la France devrait-telle fermer les portes pyrénéennes à ses voisins de la Péninsule ibérique ? Ne devrait-on pas se persuader aussi que l’économie hexagonale a tout autant besoin de communiquer avec l’Espagne et le Portugal ?
· GEOTECHNIQUE - Les considérations géotechniques sont elles aussi fondamentales puisque ce sont les géologues qui déterminent la localisation précise d’un tunnel dans un secteur de montagne donné après une reconnaissance approfondie du terrain.
· FINANCEMENT - Enfin, le financement des projets aussi monumentaux reste une des questions essentielles, on l’a bien noté, car on parle ici en milliards d’euros. Au moment où la récession frappe parfois durement l’économie de nos pays et où les systèmes bancaires se trouvent en difficulté pour soutenir les opérations d’infrastructures très onéreuses, les états comme les opérateurs appelés à la rescousse pour constituer des montages publics-privés vont réfléchir à deux fois à se lancer dans de telles aventures.
· IDEE - Dans ces conditions, il restera à développer l’idée, suggérée par bien des économistes, qu’il n’y a rien de tel, en temps de crise, que de lancer des projets de très grande dimension pour sauvegarder la vitalité d’un pays ou d’une communauté…
( compte-rendu de Jean-Michel Guillot)